Enfin, je trouve le temps de mettre mon blogue à jour. C’est vrai que les endroits se sont enfilés depuis ma dernière parution, pourtant nous sommes contents d’avoir respecté notre rythme de croisière. Avec des escales de trois nuits à chaque endroit que nous avons fait, nous avons pris le temps d’apprécier la personnalité de chaque ville et nous avons bien rechargé nos batteries!
Je vous quittais aux portes du désert; je vous conduis maintenant en bus local (vous lirez sur les bus locaux dans le message précédent) jusqu’à Ouarzazate. (Appel à tous. Je cherche désespérément le titre de ce classique littéraire dans lequel le personnage principal a un chien qu’il nomme Ouarzazate.) Déjà - comme on vous disait - au sud, les gens sont moins pot-de-colle et plus aimables. Ouarzazate est une ville bien relax où l’on se prélasse sur des terrasses de restaurants à la cuisine pas très goûteuse malheureusement (tout semble plus fade après avoir expérimenté les festins d’Itrane Sahara, notre auberge perdue dans le désert). On trouve un bar qui sert de l’alcool! Yé! On passe deux jolies nuits à siroter une bière et fumer une chicha. La dernière nuit, sur la terrasse arrière du bar, on relaxe au dessus du toit vert de la pergola composée de feuilles de vigne mêlées à de grandes feuilles de palmiers qui pendent partout au dessus de nos yeux. Soudain, un coup de vent se lève. Mais quelque chose dans notre tête nous dit que c’est très anormal d’avoir un coup de vent aussi brusque et aussi localisé, à savoir qu’une seule feuille de palmier à 3 mètres de nous se secoue bruyamment. « Ouin y’a du vent! » commente JP. En effet, mais on sent qu’on vise à côté. Je tente de percer la noirceur puis je m’élance : « Esti, JP, c’est un paon!!! » En effet un immense paon accroché à la pergola se balance la queue dans le vide à 3 mètres de nous. Vous imaginez le choc… Les paons chez nous, ils sont dans les fermes de Pâques de centres d’achats, pas sur les terrasses des bars! Le reste de la soirée s’est déroulée à parler de l’anecdote entre nous et à observer le paon en espérant le revoir bouger. Espoir déçu.
À Ouarzazate, nous avons aussi visité les studios de cinéma Atlas. La région a accueilli plusieurs grandes productions cinématographiques. Mais là vous vous dites : « Sam, j’en ai pas vu moi des films qui se passent au Maroc » Je vous dis : « À chaque fois qu’on pense désert, et village traditionnel à saveur arabe, on doit penser aux paysages et au cheap-labour sud-marocain. » Serez-vous vraiment surpris d’apprendre que des films comme Lawrence Darabie, Kondun, La Momie 1, La Momie 2, Babel, Gladiateur, Alexandre, Kingdom of Heaven, Astérix et Obélix mission Cléopâtre et plusieurs autres ont tourné sur un rayon de quelques kilomètres autour de Ouarzazate? Il y a plein de beautés naturelles ici : des dunes de sable, du désert rocheux, des oasis, des palmeraies, des villages et des kasbahs préservées de la civilisation et qui conservent leurs matériaux de construction traditionnels, à savoir la terre des environs mélangée à de la paille pour seul revêtement extérieur et souvent intérieur aussi. Si on a besoin d’une foule d’Arabes dans le plan on a aussi l’embarras du choix; tous les Marocains et Berbères de la région font des pieds et des mains pour recevoir une paye de figurant. Tu veux 1000 figurants sur ton plateau demain, il s’en présente 4000. Pour en revenir au décor, quand dans la nature on ne trouve pas ce qu’on veut, on va aux studios Atlas et on construit son propre décor en papier mâché (ou plutôt en toile plâtrée) en plein milieu du désert. C’est là que JP et moi nous remémorons les scènes d’Astérix et Obélix mission Cléopâtre en parcourant les décors du palais royal, de la maison toute croche de Numérobis ou de la chambre royale de Clépoâtre. Mais le plus impressionnant de tout, c’est le décor construit pour 35 minutes du film Kingdom of Heaven et qui a pris un an de construction. Un GIGANTESQUE château, détaillé de l’extérieur et de l’intérieur, en plein milieu du désert. Il faut frapper les murs pour comprendre que tout est faux. C’est beau avoir de l’argent pour faire ses films hein? En tout cas, la région cherche constamment à bénéficier de la venue d’une production cinématographique de plus. Il est du coup d’autant plus étonnant d’observer que l’unique salle de cinéma d’Ouarzazate est fermée depuis belle lurette. Ici, les cinémas se font aussi rares que les débits de boisson (ou la marde de Pape), les deux (les trois?!?...) étant condamnés par l’islam. Selon la religion, il n’y a que Dieu qui a le privilège de la création humaine. Toute reproduction figurative de l’être humain par l’Homme est donc proscrite. Vous vous rappelez cette controverse autour de la caricature du prophète Mahomet? C’est ce qui explique que l’art décoratif arabe a pris une place très importante; stucs, céramiques, mosaïques, gravures aux motifs floraux et géométriques répétitifs rendraient fous les plus savants des mathématiciens en géométrie. Comment font-ils pour connecter à l’infini des motifs géométriques aussi complexes?
Nous avons ensuite fêté notre St-Jean à Aït Ben Haddou. C’est un joli petit village où l’on peut visiter une très vieille kasbah qui n’est pas encore datée mais qui daterait selon certains des premiers siècles après J-C. C’est fascinant de voir ces maisons faites de terre se fondre avec la couleur du sol local. La pluie érodant les parois peu à peu constamment, les villageois s’affèrent sans relâche à ajouter de la terre sur leur édifice lorsque la température est clémente. C’est aussi à Aït Ben Haddou que nous attrapons ce sentiment étrange d’être à l’autre bout du monde, dans un trou, mais toujours dans le monde et moins loin qu’on pense. Eh oui. Vous aurez peut-être deviné. C’est là bas que les villageois nous informent un après-midi que notre ami Michael est mort. Comble de hasard, je parlais de lui à JP quelques heures avant d’apprendre la nouvelle : « Ils sont drôles tes cousins Philippe et Olivier. Te rappelles-tu l’été passé le tripp qu’ils avaient à chanter du Michael Jackson à tue-tête? » Avouons que ce n’est pas tous les jours qu’on parle de Michael Jackson! Nos sujets de discussions bifurquent immanquablement sur cette nouvelle pour le reste de la journée. Nous ne sommes pas fâchés d’être loin de l’univers médiatique pour les semaines à venir, on va peut-être esquiver la période où on ne parlera que de ça... Si vous voulez mon avis sur la nouvelle, maintenant qu’il est mort en icône, on va oublier toutes les conneries qu’il a faites de son vivant. Sa mort subite l’aura en quelque sorte… blanchi!!! Ha! (Y avais-tu pensé à celle-là, Michel?)
Sur la route qui nous mène à Marrakech, on traverse le sinueux Haut-Atlas où les paysages sont littéralement à couper le souffle. (JP prend 42 photos de la fenêtre du bus.) La route en lacets monte vers les sommets (le plus haut de la route à 2660 mètres), avant de redescendre vers les vallées. La hauteur, l’étroitesse de la route et l’escarpement des flancs laisse présager une mort très rapide si notre autobus venait à manquer de freins. Mais le paysage est si incroyable qu’on finit par se dire « Inch Allah », si Dieu le veut, et on tourne nos yeux vers les sommets de 3000 mètres où il reste encore quelques rubans de neige gênée. Pour le diner, l’autobus s’arrête dans un village de montagnards où le seul truc à manger, on va le chercher au comptoir du boucher, qui le donne au restaurateur d’à côté, qui le grille sur le charbon, qui te l’apporte à la table. Ce jour là, chez le boucher on a droit au mouton ou à la chèvre. J’hésite parce que notre œil de citadin occidental ne nous a pas habitués à reconnaître les animaux qu’on mange à l’allure de leur tête coupée, laissée par terre devant le comptoir, par preuve de fraîcheur très certainement. Pour être fraîche, elle est fraîche la viande. Et elle est rouge comme un animal qui a brouté dans les montagnes toute sa vie. On est loin de notre viande colorée et préemballée du supermarché. Et je ne vous parle pas du goût, vous seriez tous jaloux. Nous n’avons jamais été aussi heureux d’être carnivores qu’à cet instant! Le demi-kilo de côtelettes que nous avons eu pour 6 dollars est tendre, goûteux et juteux. Pas de sauce artificielle, pas d’épices, rien. Que de la vraie viande grillée au vrai charbon de bois! Un délice!
Nous terminons donc notre séjour au Maroc par un badtrip à Marrakech et sa place Jema El Fna, une immense trappe à touristes, où on te met de force des serpents sur l’épaule et des singes sur la tête, où on insiste pour que tu prennes une photo, où si tu ne prends pas la maudite photo ils ne t’enlèvent pas les maudites bébites, et où ils te demandent par après de l’argent pour la photo que tu viens de prendre! La place Jema El Fna où le défi est d’avoir un « eye contact » avec quelqu’un sans qu’il te suive pour les 20 prochaines secondes, une place où le plaisir réside dans ta capacité à ignorer les appels des alentours. En quelque langue que ce soit, faites en sorte que ça aie l’air de ne pas être la vôtre. Vraiment, l’amour du Maroc, on l’attrape dans les petites villes et en voyant les paysages époustouflants et si diversifiés, parce que le Maroc des grandes villes est à vomir de rabatteurs qui rendent le séjour tendu.
C’est avec une grande joie qu’on rejoint Casablanca, une ville si peu touristique qu’on peut y marcher pendant des heures sans se faire rabattre une seule fois! Ça fait du bien. On va voir la troisième plus grande mosquée du monde après la Mecque et on goûte à l’ambiance festive des dimanches soirs sur la plage de la ville. Le lendemain, envol pour la Tunisie!
Et nous y voici, dans ce pays qui nous semble si doux par rapport à celui qu’on a quitté. Personne ne nous aborde dans les rues de Tunis. Tout le monde nous souhaite la bienvenue avec un désintérêt monétaire étonnant. Les taxis ne tentent pas de nous avoir et mettent systématiquement le compteur. La dame à la librairie est aussi charmante et attentionnée que le policier au coin de la rue. (Elle va même jusqu’à nous dédicacer le livre de cuisine tunisienne qu’elle nous conseille d’acheter pour qu’on pense à elle chaque fois qu’on l’utilise) (Quand au policier, il prend une minute complète de son temps pour nous indiquer très précisément comment rejoindre l’office de tourisme avec une amabilité qui nous donne envie de dire « Foutez-moi tous les employés du métro de Montréal à la porte, pis remplacez-moi ça par des immigrants tunisiens! »). Non, vraiment, ne pas mettre les « arabes » dans le même panier. Encore moins les Maghrébins!
Afrique ou Europe, les réalités des peuples sont complexes et expliquer toutes nos observations par écrit s’avère impossible. Les impressions divertissantes et parfois choquantes ou déstabilisantes que nous partageons avec vous dans ces chroniques n’a malheureusement pas le réel pouvoir de vous donner l’heure juste pour vous faire un véritable jugement sur les communautés dont on parle. Nous y parvenons à peine nous-mêmes après avoir sillonné une partie des pays concernés. Il vous sera plus enrichissant encore de nous entendre, à notre retour, nuancer les expériences que nous avons vécues par des observations subséquentes ou par un changement d’angle d’approche.
Nous sommes maintenant sur le bord de la mer méditerranée, à Tabarka. Nous prenons les choses tranquillement en attendant que nos corps arrêtent de se prendre pour des usines à gaz naturel. Vous avez deviné; petits troubles des boyaux. Ne me dites pas que ce sont nos côtelettes d’agneau, je ne le croirais pas! Ici le sceau de fraîcheur, c’est la tête coupée!
Le temps file vite. On se revoit bientôt. La date d’atterrissage : le 14 juillet, fête des Français, vol AT-206 de Royal Air Maroc au départ de Casablanca, arrivée à YUL-Montréal-PET à 18h35. S’il vous vient l’envie de suivre l’évolution de notre vol sur le web, je vous conseille d’aller lire le message publié en début mars sur ce même blogue, message intitulé « Suivre un petit avion sur le web... ». Allez pas dire que je vous ai pas avertis!
Ça se peut qu’on prenne du temps à traverser la douane; JP a 2 bagages de 22,9 kg (la limite étant 2 de 23kg) de produits africains potentiellement pleins de méchantes bebites pour les pauvres petits Canadiens qui répandent sans scrupule leur grippe porcine jusqu’au Maroc (nouvelle lue dans un journal marocain : 5 nouveau cas dont 3 ayant voyagé au Canada).
Demain, nous commençons une série de nouvelles avetures qui vous rendront encore plus envieux. Suprise pour la prochaine fois. JP, sur son blogue, donne un indice. C'est suffisant.
Je vous dis à très bientôt.
Courtes correspondances
15 juillet : Foudatoui! Me voici de retour au pays! Merci de m'avoir suivi tout ce temps, Vous avez été une part importante de ma motivation à écrire sur ce blogue, J'ai hâte de vous revoir ne personne!
jeudi 2 juillet 2009
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Wow, il y avait tant de choses à lire que j'ai dû m'y prendre à trois fois pour savourer toutes vos anecdotes! Mais bon, la tête coupée, c'était vraiment pas nécessaire comme photo... OUf, mon estomac et mon coeur de petite fille qui aime trop les animaux ont fait quelques tours!
RépondreEffacerLa fin de votre grand périple arrive si vite, c'est fou! J'ai bien hâte de vous revoir! J,ai également hâte de revoir ta petite soeur au camp dans 2 jours (aïlle... toute une anecdote l'absence de Fanny poru la première semaine de camp quand Michel et moi on ne se comprends pas...) Je n'ai jamais su où elle a fait son stage!! J'avoue que ça m'intrigue...
Ici, l'été est bien installé (plus d'une semaine complète d'orages, yes sir!) et on essaye d'en profiter au max (BBQ entre amis et bonnes bouteilles... enfin, il ne manque que toi!)
Au plaisir de se voir! J'aimerais bein te voir, si c'est possible, avant la fin de semaine du 18-19 juillet... Mais bon, je sais que ta famille passe ne premier lieu, ce qui est tout à fait normal! Sinon, on se reprend plus tard!
Prenez soin de vous et travaillez votre bronzage, c'est pas ici que vous allez l'entretenir!
Marie :) xXx
Le chien Ouarzazate, c'est dans "Les fourmis" je pense!!! À confirmer, mais c'est mon guess!
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